Interview of Fabian Coomans

Fabian Coomans (1983) est pianiste, compositeur et membre de l'ensemble bESIdES dont il a contribué à la fondation. Il a suivi sa formation au Conservatoire d'Anvers mais également auprès des ensembles Ictus et Spectra.

Site : www.ensemblebesides.be

Stephane Ginsburgh : Lors de votre prochain concert avec votre ensemble, bESIdES, au Singel le 27 mars, vous créerez une pièce de Matthew Shlomowitz, commande du Centre Henri Pousseur. Comment avez-vous découvert ce compositeur et qu'est-ce qui vous intéresse dans sa musique ?

Fabian Coomans : Quand nous avons créé l'ensemble bESIdES, nous avons délibérément choisi de prendre une voie alternative à la musique contemporaine 'classique'. Nous avons constitué un effectif nous permettant d'explorer de nouvelles sonorités mais pour lequel il y a très peu de répertoire. Ceci nous a amenés, entre autres, à rechercher des pièces pour instrumentation libre. C'est ainsi que nous avons découvert la musique de Matthew Shlomowitz. Je dois dire que nous avons été bien conseillés par Tom Pauwels qui joue régulièrement avec Matthew Shlomowitz et qui est et a été le professeur de plusieurs d'entre nous.

Ce qui nous attire dans la musique de Matthew Shlomowitz est cette faculté d'utiliser librement tout ce qui est à sa disposition pour écrire de la musique. Il n'hésite pas à mélanger le geste musical au geste théatral, utilise sans complexe des éléments musicaux hors de la musique 'classique', mélangeant le 'savant' au 'populaire'. Cet aspect fait de sa musique quelque chose de très personnel et de particulièrement ancré dans le monde contemporain. C'est à mon avis un compositeur 'contemporain' dans le vrai sens du terme, en dehors de tout style ou école. Jouer ce type de compositeur est une des voies que nous voulions emprunter en fondant l'ensemble bESIdES.

SG : Pouvez-vous nous parler plus spécifiquement de la pièce "Avant Muzak" qu'il a écrite pour l'ensemble ?

FB : Je décrirais la pièce "Avant Muzak" comme du Pop Art musical. Matthew Shlomowitz construit sa pièce autour d'éléments de la culture populaire contemporaine et de fragments du quotidien. Il fait autant usage de clichés musicaux du genre loop de boîte à rythme (disco, rhumba, swing, etc.) que de sons concrets issus de la vie quotidienne (bruits de pas, ambiances populaire de stades, voix parlée, bruits de travaux). Ces sons, par l'intermédiaire d'un sampler, sont confrontés aux musiciens tantôt dans l’opposition (dynamiques opposées, tempi différents pour un même motif par exemple) tantôt dans un jeu en commun.

A l'instar d'Andy Warhol, Matthew Shlomowitz élève le quotidien et la culture populaire au rang d'art "savant", brisant de la sorte les frontières culturelles.

SG : L'ensemble a-t-il un intérêt particulier pour la musique sur support électronique ou l'électronique live ?

FB : bESIdES a en effet un intérêt particulier pour l'électronique en musique. Notre recherche de nouvelles sonorités passe bien entendu également par les nouvelles possibilités que peut offrir l'électronique en musique. Nous considérons d'ailleurs l'électronique comme un instrument à part entière de notre effectif au même titre que le piano, la flûte ou la harpe par exemple. Nous avons donc un musicien qui est en charge de l'électronique et non un technicien. Il aura d'ailleurs un rôle musical important dans une des pièces que nous jouerons le 27 mars.

SG : Quel répertoire explorez-vous en général et quel est celui que vous comptez explorer dans le futur ?

FB : Le répertoire que nous abordons est guidé par l'exploration musicale avec le désir d’étendre les limites du langage musical. Pour cela, nous n'hésitons pas à nous lancer dans des pièces qui flirtent avec les limites des disciplines artistiques. C'est un aspect que l’on retrouve beaucoup dans la musique de Matthew Shlomowitz avec ses "Letter Pieces" par exemple. Nous voulons explorer les répertoires s'approchant de l'improvisation ou utilisant une instrumentation libre, ce qui nous permet de jongler avec les différents instruments présents dans l'ensemble. Il va sans dire qu'avec une telle instrumentation, nous donnons également une grande place à la création, ce qui fait partie à part entière de notre projet de recherche. Nous avons à coeur d'offrir aux compositeurs un laboratoire d'exploration sonore.

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