<p>1963 : naissance de Mounir Anastas à Bethléem. Une enfance marquée par les conflits, par la Guerre des Six Jours tout d’abord, puis par les constants combats israëlo-palestiniens. Bientôt, le jeune garçon enregistre les tirs et les explosions, confère à la guerre une forme artistique, et libère les sons de leur signification première en leur découvrant une abstraction différente de celle que leur offrait la quotidienneté du drame.</p>
<p>Elève de Soeur Germaine et du compositeur Augustin Lama, Maître de chapelle et organiste de l’église de la Nativité à Bethléem, Mounir Anastas se rêve pianiste et s’installe en France en 1984 pour poursuivre ses études. Mais à l’Ecole Normale, il se tourne plutôt vers l’écriture, s’engage dans la composition à la suite d’une entrevue décisive avec Iannis Xenakis, et retrouve celui-ci à l’Université de Paris I et aux ateliers UPIC. Il suit également au CNSM rue de Madrid en tant qu’auditeur libre, les cours de Michel Philippot, et rencontre Messiaen, Boulez, Nono, Donatoni, Carter et Takemitsu. Intéressé par la psychologie cognitive de la musique, Mounir Anastas entreprend des recherches sous la direction de Stephen McAdams, à l'Ircam et au CNRS.</p>
<p>S'investissant dans la promotion et la propagation de la musique contemporaine en tant que Conseiller Culturel à la Mission d’Observation Permanente de Palestine auprès de l'Unesco, sous son vrai nom ou sous un pseudonyme, il demeure une figure singulière dans le paysage musical, tant par ses méthodes que par un imaginaire à travers lequel se devine, peut-être, la présence inconsciente des premières expériences concrètes en pleine guerre palestinienne. De ces expériences, on perçoit l’influence au sein des techniques employées – les premières rencontres de Mounir Anastas avec l’acousmatique sonnent comme un écho plutôt que comme une véritable découverte – et dans les formes, dans la façon dont les objets sonores s’inscrivent dans une scène auditive, entretenant un savant équilibre entre leur origine propre et la fonction abstraite que leur accorde l’œuvre nouvelle. Mais une influence d’autant plus discrète que le langage de Mounir Anastas est profondément ancré dans une pensée scientifique : de Xenakis, Mounir Anastas se souvient de l’idée d’ataxie, discordance de la pensée et du geste, introduisant dans son œuvre une dialectique de l’ordre et du désordre, passant du chaotique au rangé et s’inspirant des mouvements browniens pour donner parfois l’illusion d’une désorganisation dans ce qui est parfaitement structuré. De la psychologie cognitive enfin, des études d’Albert S. Bregman, de Jean-Claude Risset, d’Irène Deliège ou de Stephen McAdams, il exploite les mécanismes gestaltistes des «flux auditifs», et reproduit leurs situations opposées d’ambiguïté et de clarté perceptives. A l’encontre de ceux qui, de Jolivet aux spectraux notamment, sont revenus au son lui-même pour développer leur système, il tient compte des fonctionnements de la perception pour concevoir une musique dont le point de départ serait sa destination. Il profite de la capacité de l’auditeur à focaliser son attention, dans un milieu sonore complexe, sur une ligne unique jusqu’à la rendre intelligible (situation d’ambivalence), travaille sur son aptitude à regrouper en une seule et même voix des couches sonores superposées (principe de fusion ou d’agrégation), ou à individualiser les différents éléments du mélange (principe de ségrégation). Une pratique déjà mise en œuvre par Bach et permettant, par le choix des tessitures, à des instruments apparemment monodiques d’éviter toute confusion motivique dans d’incroyables polyphonies. (Source : sites.radiofrance.fr)</p>
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